Jardinage

Diversifier les essences : la réponse au risque climatique

La sécheresse, les tempêtes et les ravageurs fragilisent les peuplements forestiers lorsque plusieurs arbres partagent les mêmes vulnérabilités. La diversification forestière répartit ces risques en associant des essences d’arbres aux réactions différentes. Cette stratégie…

Diversifier les essences : la réponse au risque climatique

La sécheresse, les tempêtes et les ravageurs fragilisent les peuplements forestiers lorsque plusieurs arbres partagent les mêmes vulnérabilités. La diversification forestière répartit ces risques en associant des essences d’arbres aux réactions différentes.


Cette stratégie ne consiste pas à planter sans discernement : chaque arbre doit convenir au sol et au climat local. Pour une gestion durable, les choix doivent aussi préserver la biodiversité et les fonctions utiles de la forêt.


A retenir :


  • Répartition des risques climatiques entre essences aux sensibilités différentes
  • Choix des arbres adapté aux sols et aux conditions locales
  • Régénération diversifiée soutenant les fonctions forestières à long terme
  • Suivi régulier des peuplements face aux perturbations nouvelles

Pourquoi diversifier les essences face au changement climatique


Parce que les perturbations n’affectent pas tous les arbres de la même façon, la diversité renforce la résilience forestière. Selon Brang et ses coauteurs, la sylviculture doit répartir les risques plutôt que miser sur un peuplement uniforme.


Sécheresse, tempêtes et ravageurs : des risques forestiers combinés


Dans un peuplement dominé par une seule essence, une menace adaptée à ses faiblesses peut toucher une grande partie des arbres. L’épicéa, par exemple, peut souffrir du manque d’eau, tandis que des épisodes favorables aux scolytes aggravent les dégâts.

A lire également :  Processionnaire du pin : les risques et la lutte

À l’inverse, des essences aux enracinements et aux tolérances différents ne réagissent pas toutes pareillement aux sécheresses, aux sols détrempés ou aux vents violents. Le mélange ne supprime pas les aléas, mais réduit la dépendance à une seule réponse biologique.


« La sylviculture doit prendre en compte le changement climatique. Il serait bien naïf de l’ignorer. »

P. Brang


Forêt mélangée et biodiversité : des bénéfices complémentaires


Cette répartition des vulnérabilités peut également soutenir la biodiversité, en multipliant les habitats et les ressources disponibles. Selon Brang, la forêt doit continuer à fournir du bois, des espaces de nature, des habitats, de l’eau et des lieux de récréation.


Une forêt mélangée ne garantit pas à elle seule ces fonctions : sa composition doit correspondre aux conditions présentes et futures de la station. La diversité devient alors un levier de gestion, à condition de choisir des arbres capables de s’y développer et de s’y régénérer.


Pour évaluer les différences, les gestionnaires peuvent comparer les principales qualités recherchées dans un peuplement varié :


  • Résistance aux vents : enracinement et stabilité propres à chaque essence
  • Tolérance à la sécheresse : capacité à supporter une disponibilité en eau réduite
  • Régénération : aptitude à s’installer sous couvert ou en espace ouvert

Essence citée par Brang Contexte d’intérêt mentionné Point de vigilance
Chêne sessile Stations à alimentation en eau faible à moyenne Vérifier l’adéquation avec les conditions locales
Pin sylvestre Stations à alimentation en eau faible à moyenne Évaluer son développement sur la station
Érable champêtre Stations à alimentation en eau faible à moyenne Préserver une composition diversifiée
Tilleul à petites feuilles Stations à alimentation en eau faible à moyenne Contrôler sa régénération et sa compatibilité

A lire également :  Écorce : sa fonction et ce que ses blessures provoquent

Le choix des espèces ne peut donc être séparé des caractéristiques du terrain. Cette lecture locale conduit directement aux pratiques d’adaptation climatique.

Choisir les essences selon la station forestière


Une fois les risques identifiés, l’adaptation climatique commence par l’observation du sol, de l’eau disponible et des arbres déjà présents. Selon Brang, les recommandations doivent évoluer avec le climat, mais les incertitudes ne justifient pas de favoriser partout les mêmes essences.


Adapter les arbres aux sols et aux ressources en eau


Une station sèche ou modérément alimentée en eau peut accueillir plusieurs essences citées dans l’article, notamment des chênes, des érables, des bouleaux ou des tilleuls. Cette liste ne constitue pas une recette universelle : la compatibilité dépend aussi des conditions propres à chaque parcelle.


Le gestionnaire examine les semenciers présents, la régénération spontanée et les peuplements voisins installés sur des sols comparables. Ces observations aident à choisir sans supposer qu’une essence adaptée hier restera dominante demain.


« La régénération naturelle doit rester la règle, mais sans pour autant écarter les plantations. »

P. Brang


Comparer les méthodes de renouvellement forestier


Le renouvellement combine régénération naturelle et, si nécessaire, plantations capables d’enrichir la composition du peuplement. Les provenances issues de régions plus chaudes ou plus sèches appellent toutefois des essais prudents, plutôt qu’une généralisation immédiate.

A lire également :  Arbres en ville : les services qu'ils rendent

Les coupes de régénération peuvent être conduites pour éviter les fourrés uniformes et donner leur place aux essences moins compétitives. Les soins sylvicoles favorisent ensuite les arbres rares ou sensibles à la concurrence, tandis que l’impact du gibier mérite une surveillance attentive.


Les options de renouvellement diffèrent par leurs usages, sans qu’une méthode unique convienne à toutes les forêts :


  • Régénération naturelle : maintien des semis déjà adaptés au site
  • Plantation : introduction prudente d’essences complémentaires
  • Coupes progressives : possibilité d’augmenter la diversité des essences

Pratique sylvicole Atout décrit Précaution associée
Régénération naturelle Conserve les semis présents sur la station Éviter les peuplements jeunes trop uniformes
Plantation Permet d’ajouter des essences d’avenir Tester prudemment les nouvelles provenances
Soins culturaux Soutiennent les essences peu représentées Surveiller la concurrence et le gibier
Coupes progressives Peuvent faciliter la diversification Adapter les interventions au peuplement


Ces interventions agissent lentement : les arbres établis aujourd’hui façonneront la forêt de demain pendant des décennies. Leur suivi sur le terrain permet donc d’ajuster les choix sans bouleverser brutalement la gestion.

Mettre en œuvre une gestion durable et progressive


Comme les effets des interventions se manifestent au fil du temps, la gestion durable repose aussi sur l’observation et l’apprentissage. Brang recommande de suivre les réactions des peuplements et de comparer des pratiques différentes sur une même station.


Tester les interventions et suivre les résultats


Des parcelles expérimentales peuvent comparer des zones peu entretenues à d’autres où certaines essences sont favorisées. Pour être utiles, les observations et les interventions doivent être documentées, afin que les gestionnaires puissent interpréter les résultats et les transmettre.


« Les parcelles et les interventions doivent être soigneusement documentées. Si chaque gestionnaire suit une ou plusieurs parcelles expérimentales, lui-même et ses successeurs pourront en tirer des enseignements utiles. »

P. Brang


Éviter les changements radicaux de régime forestier


Les forêts irrégulières peuvent mieux résister à certaines perturbations, tandis que les coupes progressives facilitent parfois l’introduction de nouvelles essences. L’article ne présente pas le passage d’un régime à l’autre comme une réponse automatique au changement climatique.


La décision dépend de la réaction observée dans le peuplement, de la station et des objectifs poursuivis. Pour le lecteur comme pour le gestionnaire, l’essentiel est d’associer diversité, prudence et suivi plutôt que de compter sur une solution unique.


« Le régime de la coupe progressive et celui de la forêt pérenne présentent à la fois des atouts et des inconvénients. »

P. Brang

Source : P. Brang, « Réchauffement climatique et sylviculture », La forêt, 2010 ; P. Brang, H. Bugmann, A. Bürgi, U. Mühlethaler, A. Rigling et R. Schwitter, « Klimawandel als waldbauliche Herausforderung », Journal forestier suisse, 2008.